REBONDS À REBOURS, le blog de Jean-Pierre Blay

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mardi, décembre 1 2009

Aguiléra et la politique sportive de l’après-guerre

De l’immédiate après-guerre aux débuts des années soixante-dix, Aguiléra se transforme, sous le double effet d’acquisitions de propriétés mitoyennes et d’aménagements sportifs voulus par la communauté sportive de Biarritz et soutenus par l’équipe municipale. Ces réalisations confèrent à ce lieu l’allure d’une cité du sport.

Selon les chroniques biarrotes, c’est en 1946 que le Biarritz Olympique renoue avec les grands matchs. Les journalistes décrivent l’affluence d’un public qui réapprend les joies simples des temps de paix. L’ambiance est tellement à la confraternisation que le BO et l’Aviron Bayonnais consentent même à composer une équipe à l’occasion d’une rencontre face à une sélection de l’armée anglaise (29 décembre 1946). 

Le rugby crée toujours l’événement. Les responsables municipaux l’ont bien compris, avant la guerre, en aménageant le parc d’Aguiléra pour s’assurer le concours de nombreux aficionados. Ainsi, les élus décident la création d’une taxe sur les entrées payantes de tous les spectacles sportifs, dont le produit est affecté au paiement des annuités d’un emprunt de 1 100 000 francs destiné au financement des travaux d’amélioration des installations existantes. Il s’agissait de réaliser sur deux ans le drainage du terrain du concours hippique, puis de celui de rugby.


vendredi, novembre 20 2009

Aguiléra et la fête omnisports des années Trente

Trinquet pour le sport local, tea-room pour la belle société, espace récréatif sous les pins pour les enfants sont aménagés à Aguiléra dans les années vingt. En 1939, la municipalité soutient également la demande du BO de réaliser un second terrain de football-rugby dans la partie nord du parc. Aguiléra évolue d’autant mieux au gré des mœurs sportives que l’histoire du BO témoigne d’excellents retours sur les investissements consentis. En 1923, le BO est demi-finaliste du championnat de France d’excellence. En 1925, l’équipe basque triomphe de l’université d’Oxford, et deux ans plus tard de celle de Cambridge, devant le maire, le sous-préfet et le prince de Galles. En 1931, après la rupture des relations avec la FRR, le BO rejoint le « Top 12 » de l’époque, au sein de l’Union Française de Rugby Amateur dont elle remporte le titre. Le BO ramène ensuite le bouclier de Brennus en 1935 et 1939. Cette montée en puissance lui confère une notoriété saluée par un article dans The Morning Post, le 5 mai 1933.

On constate aussi un phénomène d’entraînement qui attire sur les terrains et les pistes d’Aguiléra des athlètes et des tennismen qui s’élèvent à la dignité de champion. En 1931 Edouard Duhour établit le record de France du lancement du poids (15,15 m) que battra son frère Clément, champion de France 1933 (15,54 m). Henri Cochet et Jean Borotra y disputent des tournois parmi les plus suivis. Chiquito fête ses 40 ans de pelote en 1939 sur le fronton d’Aguiléra. Ainsi, les sections autrefois déficitaires accusent des actifs de plusieurs milliers de francs à la veille de la guerre.

Ces succès sont la conséquence des performances des sportifs et de la fidélité d’un public que les journaux ont pris l’habitude de décrire en procession, de la grotte de la Vierge aux tribunes, où les haleines deviennent des voix et les pèlerins dominicaux des supporters. Dans cet espace convivial et confortable, espace de la continuité touristique aussi, M. Deyhérassary repense la géostratégie du parc Aguiléra, en déplaçant le bar de l’entrée principale pour le transporter dans la grande salle des vestiaires de l’athlétisme, transformant le bar initial en salon de réception. Le père d’André Dassary imaginait sans doute multiplier les lieux de communion spontanée entre les amateurs de rugby de sorte que, dans l’euphorie générale, tout finisse par des chants basques, transformant Aguiléra en une cathédrale du sport d’où monte le choeur des hommes.

samedi, novembre 7 2009

Les tribuns des tribunes

Durant les débats au conseil municipal entre mars et juillet 1922, le docteur Claisse émet des réserves quant à la solidité des engagements et des garanties offerts par le club. L’élu doute du maintien du BO au sommet du rugby français et de ses capacités à assurer des revenus réguliers aux guichets. Les tribunes d’Aguiléra divisent les tribuns.

Le maire rétorque sur trois points avec conviction et foi en l’avenir : « le BO nous indique que, disposant d’un terrain confortablement aménagé, il serait désigné pour l’organisation de matches internationaux. Par ailleurs, le rugby fait naître l’occasion d’une réclame exceptionnelle qui met en relief la ville choisie pour en être le cadre. Enfin, une administration municipale se doit d’encourager les sports dont la jeunesse française à besoin. » D’autres conseillers relaient cet enthousiasme à la cause rugbystique. M Berrogain prétend que «  le rugby tiendra en France la tête des sports et que Biarritz est demandée pour les matches internationaux. D’un point de vue commercial, tous les hôtels, tous les cafés en tireront bénéfice. » L’examen des comptes du club démontre en outre que seule la section de rugby dégage des bénéfices alors que celles de la natation et l’athlétisme affichent un déficit, couvert du reste par les « ronds » de l’ovale.

Il importe à l’équipe municipale de montrer sa solidarité avec le rugby biarrot et elle renonce à copier le modèle de l’Aviron Bayonnais qui fonctionnait d’après ses propres capitaux. Le projet est même adopté à l’unanimité. Les « Modernes » ont rallié les « Anciens » en démontrant que le domaine des activités physiques touche à l’économie des loisirs, à l’éducation et que les sociétés de sports ne peuvent thésauriser. Elles ont au contraire le devoir d’étendre leurs actions à mesure que les revenus deviennent plus importants et que les modes sportives se développent.


samedi, octobre 24 2009

Aguiléra, vitrine du rugby national

En 1922, Biarritz est désigné par la FFR pour recevoir un match de l’équipe de France à l’automne. Le maire Joseph Petit envisage cette échéance comme un défi à relever pour sa ville qui se doit de « posséder un parc des sports modèle, digne de sa renommée mondiale. » Le terrain de football-rugby projeté complètera en fait l’installation d’un fronton et d’un tennis. Aguiléra fonctionnait déjà comme un espace omnisports. Pelotari, athlètes, cavaliers, tennismen et rugbymen s’y côtoyaient.

Les travaux à effectuer sont considérables : nivellement, drainage du sol, construction d’une tribune en béton de 1379 places et aménagement d’un ensemble de gradins couverts au sol de terre battue pour 200 places supplémentaires. L’attribution des chantiers devient une urgence et le maire intervient auprès du préfet afin de réduire le délai des adjudications. Les moyens financiers sont rapidement évalués à 250 000 francs. Cette dépense est couverte par un prélèvement de 10 000 francs sur des fonds municipaux et un emprunt au Crédit Foncier de France amortissable en 30 ans. L’annuité versée par le BO pour la location des installations sportives servira au remboursement.

Les gestionnaires municipaux comptent sur le rugby des amateurs pour sécuriser leurs investissements. L’infrastructure sportive est envisagée dès cette époque comme un élément du développement économique. 

samedi, octobre 10 2009

Aguiléra et les derbys du samedi

Les années « Folles » se caractérisent par un besoin de vivre et d’excitation des sens qui correspond bien aux joies procurées par le sport. Le stade devient le lieu de spectacle par excellence. Les foules s’y pressent. Les responsables municipaux et les dirigeants de clubs doivent envisager des politiques d’équipements sportifs. Aguiléra suit donc cette évolution dans l’entre-deux-guerres.

En 1919, on assiste à une double reconstruction, celle d’une équipe et celle du stade. Biarritz a perdu plus de 400 de ses enfants dans le conflit mondial, dont 160 étaient adhérents aux activités sportives du Biarritz Olympique. Semmartin regroupe, avec quelques jeunes sortis du lycée, les rescapés de la Grande Guerre et forme une seule équipe contre quatre auparavant. Toutefois, l’engouement populaire pour le rugby ne se dément pas et oblige à repenser l’accueil du public au parc d’Aguiléra.

1920 voit la naissance des fédérations sportives qui prennent leur indépendance vis-à-vis de l’Union de Sociétés Françaises de Sports Athlétiques créée par Georges Saint-Clair en 1888. La Fédération Française de Rugby organise le championnat sur de nouvelles bases. Soucieuses d’amateurisme, les instances fédérales prônent une phase de poules régionales avant la phase éliminatoire afin de garantir de faibles déplacements à des joueurs sensés ne pas vivre de leur sport ; ce qui correspond à une suspension du travail limitée au samedi. La perspective des derbys avec Bayonne et Pau alerte alors les autorités municipales dans la gestion des foules de supporters.

vendredi, octobre 2 2009

Un stade, un club, des couleurs

Dans ses éditions des 5 et 6 février 1912, « L’Echo des Basses-Pyrénées et des Landes » publie l’échange épistolaire entre M Berrogain du Biarritz-Sporting Club et M. Arthagnan du Biarritz-Stade. L’incompréhension perdure entre les deux clubs à propos d’un calendrier qui impose la tenue de deux rencontres le même dimanche à Aguiléra. En dernier ressort, le Sporting s’exile sur un terrain aménagé dans la propriété du docteur Jean Laborde dans le quartier Chélitz.

La publication de ces démêlés s’avère néfaste à l’image d’une ville qui prétend attirer les touristes par sa quiétude. Le maire, P. Forsans, en prend la mesure et tente un rapprochement entre les deux clubs au printemps 1913. Finalement, le sort d’Aguiléra se joue sur « terrain neutre » lors d’une assemblée générale, le 24 avril, dans les locaux du Syndicat d’Initiative. La fusion devient effective et après des tergiversations inévitables sur le nom du club et de ses couleurs, le choix se porte sur un « Biarritz Olympique » en rouge et blanc.

Les concessions furent d’autant plus faciles à obtenir par le maire, qu’aucun des clubs n’était solvable. La sauvegarde du rugby s’opère grâce, d’une part, à l’engagement des professionnels du tourisme désireux d’un apaisement du climat social et, d’autre part, au soutien de la mairie. Le renflouement des dettes est suivi de l’acquisition de tribunes et de clôtures. Débarrassé des oripeaux du passé, Aguiléra fait peau neuve et redevient, le 1er octobre 1913, le centre des pérégrinations dominicales pour recevoir le F.C. Lourdes, sous ses nouvelles couleurs.

La constitution d’un club unique disposant, sans partage, d’un lieu avec lequel toute une société s’était identifiée, correspond à l’acte fondateur de la communauté sportive de Biarritz.

samedi, septembre 19 2009

La bataille d’Aguiléra

Fondé en 1910 par Pierre Forsans (sénateur-maire) et le docteur Augey, le Biarritz Sporting-Club apparaît comme le « club des notables ». Il s’oppose socialement au Biarritz-Stade, émanation d’une société sportive laïque, Les Vélites, créée en 1884 sous l’impulsion d’un instituteur, Jean-Baptiste Hum-Sentouré. Les deux clubs s’affrontent alors dans la presse locale. La publication des lettres ouvertes de leurs dirigeants rythme les rivalités campanaires. Chaque argument vise à récupérer les faveurs de l’opinion publique. 

La bataille d’Aguiléra s’engage en février 1910. Escarmouche verbale relayée par la presse qui témoigne de l’indignation des joueurs du Sporting vexés d’affronter l’U.S. Dax en lever de rideau du « grand » match : celui du Stade contre Boucau. Le 20 novembre 1910, le Stade (maillot gris et rouge) doit rencontrer des militaires de Rochefort alors que le Sporting accueille les voisins d’Anglet. Pour éviter toute préséance dans le programme, les deux matches doivent se dérouler à la même heure et les deux clubs sont répartis sur des aires de jeu de chaque côté de l’allée centrale du parc d’Aguiléra. Cependant, le Stade bénéficie du terrain avec les tribunes en bois. Elément aggravant, les joueurs du Sporting sont reçus par le commissaire Averous qui exige le paiement d’un droit d’entrée au bénéfice de ceux du Stade. S’estimant lésés dans leur condition de contribuables qui entendent jouir d’une propriété communale, les joueurs au maillot rouge et noir contournent le service d’ordre et pénètrent sur la pelouse par une porte non surveillée. Cette confusion bruyante, ajoutée au mouvement de foule, effraie l’équipe d’Anglet qui abandonne le champ de bataille. 

Si le combat cessa faute de combattants, il reprend dans la salle de réunion du conseil municipal où une plus juste utilisation d’Aguiléra est envisagée entre les deux clubs, sur la base de contributions qui couvrent l’emprunt et l’entretien d’Aguiléra. La pelouse du tir aux pigeons, enfin pacifiée, servira désormais aux entraînements.

vendredi, septembre 11 2009

Le spectacle rugbystique dans l’économie locale

Preuve de l’attractivité du spectacle sportif, le comité des fêtes soutient le projet d’une propriété communale ouverte, tout au long de l’année, aux amateurs d’automobilisme, d’hippisme, de pelote et de football-rugby. Lors d’une séance hebdomadaire, le 22 février 1907, les édiles de la commission des travaux exposent un programme d’aménagement. Conscient de la proximité ferroviaire d’avec les autres villes de l’Ovalie, M. Gibrac se prononce en faveur du tramway (avec arrêt au pont du chemin de fer) pour assurer l’affluence des spectateurs et rentabiliser l’achat d’Aguiléra. Les sommes étant élevées pour cette ville moyenne, il envisage de louer les terrains aux associations qui les utilisent pour leurs entraînements et leurs matches. À l’ère supposée de l’amateurisme, le sport n’est en fait jamais déconnecté des réalités économiques.

Le Biarritz-Stade cherche à exister dans l’adversité sportive et confronte ses joueurs à ceux déjà titrés à l’instar du Stade Français, champion de France 1908, et le club gallois de Cardiff-Roseburg en 1909. Succès de billetterie, ces rencontres attirent jusqu’à 6 000 spectateurs dont les notables locaux et le consul d’Angleterre, en dépit d’un confort précaire.

Bien qu’en concurrence avec d’autres pratiques sportives, le rugby entame une progression inéluctable, confirmée par l’engouement populaire, au point de réunir deux équipes dont chacune réclame Aguiléra comme une terre promise indivisible. 

mardi, septembre 1 2009

Aguiléra, un projet municipal

On peut parler d’une bataille d’Aguiléra avant la création du Biarritz Olympique. C’est même un événement fondateur du club basque. La position de l’équipe municipale s’avère décisive pour donner l’impulsion nécessaire au rugby local et créer dans la ville un point de convergence à l’attention des amateurs de sport. 

Jouer au rugby au domaine d’Aguiléra ne s’est pas imposé comme une évidence. En 1897, lorsque la société laïque des Vélites adopte la dénomination « Biarritz-Stade », c’est pour séparer les adhérents pratiquant la gymnastique et impliqués dans la préparation militaire, de ceux qui s’adonnent au rugby sur un terrain improvisé à Chassin. Ce n’est qu’en 1903 que les joueurs disputent, à Aguiléra, leur premier match officiel contre l’équipe de San Sébastian. En l’absence de tribune, les quelques milliers de spectateurs s’agglutinent le long d’une lice qui délimite le terrain au milieu d’un pré. À cet égard, l’éloignement par rapport au centre ville, confère à ce terrain des airs de ruralité que la municipalité conserve, jusqu’en 1939, en attribuant les fenaisons par adjudication.

En 1906, l’acquisition du parc (ayant appartenu initialement à l’Espagnol José Aguiléra y Chapin) par la ville consacre l’installation des activités physiques dans la société biarrote. Le sport gagne progressivement son public. Les élus se concertent au sujet de l’espace sportif qui est au centre des délibérations du conseil municipal en janvier et février 1907.

mardi, août 25 2009

Les femmes au dessus de la mêlée

Ce sont, malgré tout, les rugbymen qui recueillent les faveurs du public féminin. La présence des femmes apporte de la grâce et de la distinction à l’assemblée. Sans doute, les joueurs cherchent-ils à se dépasser pour se faire remarquer d’elles. Encore faut-il faciliter à celles-ci la compréhension des règles. L’hebdomadaire « Biarritz Sports » prend l’initiative de vulgariser le rugby auprès de la gent féminine. À la suite de ces articles, des jeunes filles, confortées dans la légitimité de leur présence au parc d’Aguiléra, adressent au président du B.O., Alfred Laulhé, une lettre (7 décembre 1913) dans laquelle elles regrettent de « ne pouvoir statutairement assister à vos réunions. Sociétaires dévouées, nous suivons les rencontres de rugby dont les feintes, charges, drops n’ont plus de secret pour nous. Le football-rugby finit à 4h30, nous dînons à 8h et nous ne savons pas comment utiliser ces trois heures qui séparent Aguiléra de la maison. Votre siège social permettrait un petit bal de société qui ferait notre bonheur, celui de jeunes biarrots et de nombreuses mamans. »

Les jeunes biarrotes revendiquent les conditions d’un marivaudage sous le double contrôle fédéral et matriarcal. Cette acte audacieux dénote de l’aura du rugby et de l’importance d’Aguiléra pour la mixité, voire l’élaboration de stratégiques matrimoniales. Surtout, on comprend la parfaite adéquation entre une ville, une région, son stade et son équipe de rugby dès lors que les femmes constituaient, dès la première année d’existence du B.O., un élément de cette fidélisation.

Finalement, ces supportrices énamourées confirment ce que Gustave Flaubert écrivait dans son Dictionnaire des idées reçues : « Basques : peuple qui court le mieux »... ?

jeudi, août 13 2009

Des sportsmen aux sportifs

En janvier 1907, le projet d’aménagement du stade Aguiléra par le comité des fêtes prévoit d’accueillir les sociétés sportives, des concours hippiques, des fêtes automobiles. La cohabitation des sports élitistes et des sports populaires est envisagée selon une répartition spatiale bien ordonnée : « …la propriété serait divisée en deux parties séparées par l’allée centrale. À l’Ouest : le concours hippique, la pelouse pour le foot-ball (rugby), les tribunes disposées perpendiculairement à la rue de France. À l’Est : un vélodrome, un jeu de pelote pour servir à la fois à des parties de ‘’blaid’’ et de ‘’rebot’’. Le cercle de tennis utilisant l’ancien pavillon du tir aux pigeons. Les autres dépendances (écuries, pigeonniers, hangars) seraient mises à disposition du maître d’équipage des chasses au renard. » Aux sportsmen des divertissements aristocratiques se mêlent des sportifs de tout poil.

Une telle concentration d’activités constituait une manne pour la presse locale qui rend compte des événements, de la présence de personnalités et de foules populaires où les badauds sont rares car les habitudes sportives ont éduqué depuis longtemps les regards, aussi sûrement que l’acculturation des néophytes s’opère par la lecture des articles des journaux. 

Aguiléra, comme un hippodrome, draine tous les milieux. Différemment des salles de gymnastiques, il accueille enfants et adolescents et mieux qu’un stade, réunit chasseurs, tennismen, pelotaris, cyclistes. Tout le monde court vers Aguiléra. 

jeudi, août 6 2009

Du champ d’expérience à l’aire de jeu

Dans le corps de la ville, la fonction récréative crée l’organe, aussi sûrement que le besoin de terrain transforme le pré en green ou la lande en pelouse. L’espace du sport mêle bien des activités physiques. Le champ d’expérience qui domine la ville convient à de l’initiation mais ne peut suffire à des compétitions.

Toutefois, cette aire de jeu improvisée est très convoitée par des négociants et des résidents anglais. Les dirigeants de la Nottingham cie et les membres du British-Club recherchent un terrain pour y établir un golf. En 1887, le maire, Alcide Augey, soutient leur initiative par une subvention, puisqu’il s’agissait de satisfaire un groupe influent dans l’économie locale. Le club est inauguré en mars 1888 en présence de la princesse Frédérika de Hanovre.

Les rugbymen partent donc à la recherche de leur Eden. Dans les établissements scolaires, heureusement se pratique le jeu de barre (ou barrette) qui tire son nom des barrières servant d’enceinte aux joueurs. Ce succédané de rugby, où les deux camps se disputent un couvre-chef en cuir ou bien un béret, a le mérite d’initier au jeu de passes plusieurs générations qui viendront au rugby à l’âge adulte ; parmi eux, le docteur Charles Gutierrez, promoteur du rugby local avec les frères Laffitte. 

En dépit des difficultés matérielles, liées au manque d’espace, les pratiques sportives se développent. Aussi, lorsque l’acquisition d’Aguiléra est rendue publique, particuliers et associations se manifestent auprès du maire. M de Heeren lui propose un bail de 9 ans pour animer le lawn-tennis, les squast racquets, et organiser des mondanités dans la villa et le pavillon. Cet homme d’affaire veut reconstituer à Biarritz le projet réalisé à Paris, dans l’île de Puteaux, par le vicomte Léon de Janzé. Le projet municipal s’avère plus ambitieux pour le développement des sports et surtout plus ouvert socialement. 

vendredi, juillet 31 2009

Une touche gauloise dans un sport anglais

Devenir champion de France de rugby ne signifie pas seulement triompher des adversaires. Cette quête suppose une bonne compréhension du déroulement d’une compétition à géométrie variable. Il semblerait cependant que, pendant longtemps, les tergiversations de la Fédération en la matière aient eu pour motif la préservation du rugby amateur vis-à-vis du professionnalisme. De ces infinis combinaisons naîtra toujours le sourire énigmatique du vainqueur.

À l’issue de la finale, lorsque le capitaine brandit le trophée le plus convoité du rugby français, il reproduit un geste bien gaulois que n’eût désavoué le créateur du bouclier, Charles Brennus, de son vrai nom Brennus-Ambiorix Crosnier, maître graveur auquel son père avait donné le patronyme de deux chefs gaulois. Contemporain de Pierre de Coubertin, il développe avec lui les compétitions sportives au sein de l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques dont le bulletin relate la première finale disputée le 20 mars 1892 et remportée par le Racing Club de France aux dépens du Stade Français.

Le bouclier rond, posé sur un plateau de bois donne une touche gauloise à un sport anglais. Effort presque diplomatique, avant l’Entente cordiale de 1904, le trophée circulaire symbolise une volonté des Français d’arrondir les Angles !

mercredi, juillet 29 2009

Naissance d'un public

Lorsque le Biarritz Olympique est fondé en 1913, le stade Aguiléra est déjà construit. L’espace gagné pour le sport biarrot en 1906 correspond à un projet municipal mené par le maire, Pierre Forsans, qui acquiert pour 225 000 francs 7 hectares de la propriété d’Aguiléra. La ville de Biarritz négocie avec des propriétaires madrilènes : Xavier Azlor de Aragon, la duchesse de Villahermosa et la famille (française) du comte de Peitès.

Pour la mairie, il ne s’agit pas de se conformer à des exigences fédérales nécessaires à l’organisation de compétitions, il faut à la fois répondre aux besoins divers des adeptes de l’exercice physique, des touristes anglais férus de tennis et d’hippisme, et satisfaire des amateurs de fêtes mondaines. Tout le monde semble courir à Aguiléra pour s’y divertir.

La convergence des intérêts s’accorde autour de l’idée nouvelle des loisirs dominicaux. En France, c’est en effet en 1906 qu’un jour de congé hebdomadaire est accordé à tout salarié. Un temps libéré des contraintes du labeur devient à la portée de tous, et non plus réservé à une élite (cosmopolite au Pays Basque) déconnectée des réalités besogneuses.

La jouissance d’un temps à soi s’articule souvent autour du sport. Jusqu’alors le golf, le yachting, les bains de mer caractérisaient les pratiques très localisées et distinctives de la belle société des grands hôtels et des villas.

Mais le sport d’équipe, qui surgit à Biarritz vers 1887, se déroule aux marges de la cité balnéaire, entre le phare et le golf actuel. Ce n’est alors qu’une friche à peine aménagée sur laquelle des Anglais en villégiature s’adonnent aux premières parties de football-rugby. Ce champ ouvert est propice à la curiosité d’une jeunesse biarrote déjà confrontée, mais pas toujours associée, aux modes et aux nouveaux comportements des touristes. Avec le football-rugby, un mélange social s’opère. Les Anglais ne sont pas assez nombreux pour composer deux équipes. Les jeunes hommes forts du chemin de fer, du bâtiment et des lycées s’agrègent autour de l’astre de cuir, dont l’attraction capte bientôt un public.